La migration des papillons

Il y a quelques jours, je vous faisais part dans le premier Tsundoku de mon envie de lire C’est moi qui éteins les lumières de Zoyâ Pirzâd. C’est maintenant chose faite, et j’ai eu un petit coup de coeur pour ce roman !

Tout d’abord pour resituer, je vais pas mal parler d’auteurs de littérature persane (en persan donc, et pas forcément iraniens) ici. Comme je l’ai déjà dit, je suis actuellement en formation pour devenir libraire, et dans le cadre de mon cours sur la littérature étrangère, je dois créer un rayon sur un « pays ». J’ai choisi la littérature persane, après m’être battue (oui enfin, après avoir insisté) pour parler de celle-ci de manière indépendante, et non pas dans un ensemble littérature du Moyen et Proche-Orient. En effet, pour moi, de par la langue, il était primordial d’isoler la littérature persane des littératures arabes. Ma cousine iranienne m’a envoyée plein de références, et j’ai sauté sur l’occasion pour combler mes lacunes. Je viens de finir donc ce très joli roman d’une auteur iranienne d’origine arménienne, Zoyâ Pirzâd.

C’est moi qui éteins les lumières est son premier roman, publié en 2001, qui n’arrivera chez nous qu’en 2011, grâce aux belles éditions Zulma. Avant ça, Zoyâ Pirzâd avait déjà publié plusieurs recueils de nouvelles, qui sont également sur ma liste d’attente de lectures !

Amateurs d’action, je vous suggère de passer votre chemin. C’est moi qui éteins les lumières est un livre qui se découvre doucement, tranquillement, petit à petit. J’ai d’ailleurs eu un peu de mal à passer les 20 premières pages, avant de me retrouver plongée dans l’histoire de Clarisse, femme au foyer arménienne habitant Abadan (ville iranienne située sur le fleuve Arvandroud, qui tira son attractivité de l’industrie pétrolière), dont le quotidien va être bouleversé par l’arrivée de nouveaux voisins un peu atypiques. Le récit prend place dans une époque pas véritablement déterminée, mais l’on devine que nous nous trouvons bien avant la Révolution de 1979. Pas de contraintes religieuses, la guerre avec l’Irak n’est pas évoquée, les femmes se retrouvent pour des conférences sur le féminisme ; il n’est pas difficile de deviner que nous sommes au milieu des années 60. L’indice majeure est la mention de l’obtention du droit de vote pour les iraniennes (1963). C’est d’ailleurs ce qui m’a tout de suite plu dans ce roman. Je m’intéresse énormément à l’histoire contemporaine de l’Iran, mais j’avais un peu l’impression que les livres que je lisais se référaient beaucoup à la politique (et c’est normal !). Découvrir une autre facette de ce pays m’a enchantée, notamment à travers la communauté arménienne installée là-bas.

On s’attache vite à cette femme en pleine crise d’identité, qui arrive à un tournant de sa vie où elle se pose la question toute simple et pourtant si importante : « Et moi dans tout ça ? ». Clarisse a donné sa vie à ses enfants, deux jumelles adorables et espiègles, et un ado brillant mais en pleine crise. Elle s’est dévouée à sa famille, à sa mère, sa sœur (très envahissantes), son époux (trop en retrait)… L’arrivée des Simonian va remettre en cause tout cet équilibre fragile, notamment la relation qui va se tisser avec le fils, Emile. C’est moi qui éteins les lumières, c’est un peu une crise de la quarantaine présentée avec beaucoup de mélancolie et de tendresse.

L’écriture est très fluide et simple à suivre, ce qui permet de se lier très rapidement aux personnages. Tout tient dans les petits détails du quotidien qui sont racontées, du pot de pois de senteur sur le rebord de la fenêtre, à la description de la préparation du goûter des enfants, en passant par le goût du sirop Vimto. Malgré cette simplicité, on ressort troublé de cette lecture, car Clarisse nous pose de bonnes questions : sommes-nous assez égoïstes ? Et quand je dis « égoïstes », je ne vois rien de négatif, mais plutôt une manière de ne pas s’oublier non plus, au profit du bonheur de notre entourage.

J’ai hâte d’attaquer les nouvelles de Zoyâ Pirzâd. En attendant j’essaie de m’atteler au grand chef d’oeuvre La Chouette aveugle, de Sadegh Hedayat !

C’est moi qui éteins les lumières (Cheragh-ha ra man khamush mikonam)

Zoyâ Pirzâd

2011 pour la traduction française, 2011 pour la version originale

Editions Zulma

Et pour accompagner votre lecture, les beaux textes de Dominique A !

Et vous, vous avez des romans iraniens (ou en persan) à me conseiller ?

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2 réflexions sur “La migration des papillons

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