Delhi story

Bonjour à tous ! Me revoilà pour une chronique purement littéraire !

J’ai enfin pu me plonger véritablement dans une des sorties de la rentrée littéraire. Bien sûr, j’avais entamé le Boussole de Mathias Enard, mais je me suis arrêtée au bout de 70 pages, n’y trouvant pas mon compte (parfois il n’est pas nécessaire de se forcer, soit on rentre dans un livre, soit on n’y arrive pas du tout). Une de mes collègues de formation a pu me prêter Un mauvais garçon, de Deepti Kapoor. Cela tombait bien, un de mes libraires me l’avait conseillée, étant un de ses coups de cœur de la rentrée.

Un mauvais garçon est un premier roman. Un de ses premiers romans forts, crus, violents. On a beaucoup comparé l’écriture de Deepti Kapoor, jeune journaliste indienne habitant depuis presque 20 ans à New Delhi, à celle de Marguerite Duras. On a d’ailleurs aussi beaucoup comparé son livre à l’Amant, de la même auteur. L’héroïne est une jeune femme de 20 ans, belle, ni pauvre ni riche, mais de bonne famille malgré tout, enfermée dans un carcan traditionnel et un passé familial lourd : sa mère est décédée, son père, absent, a oublié son existence en s’exilant à Singapour. Elle vit chez Aunty, sa tante, qui cherche à tout prix à lui trouver un mari. « Le mariage n’est pas une question d’amour » ne cesse de lui marteler cette femme qui ne la comprend pas. Taciturne, morose, croulant sous l’ennui, la fille va chercher à échapper à sa vie morne et toute tracée, cette même vie que connaissent des millions de femmes indiennes. Elle rencontre alors un homme, laid, animal, dangereux, mais charismatique, magnétique, et qui va l’initier à une autre Delhi, à l’amour, au sexe, à la drogue, mais aussi et surtout à la liberté. Portrait d’une jeunesse qui se cherche, gâtée et pourtant paumée, ce roman écrit dans un style direct aux phrases courtes, tout en flashbacks, sans jamais utiliser le dialogue, comme perdu dans les pensées de la narratrice, nous plonge dans une Delhi sombre, chaotique, pestilentielle, mais également lumineuse, underground, moderne, perdue dans cette course à la mondialisation. J’ai d’ailleurs particulièrement aimé les descriptions d’explorations nocturnes en voiture, des rodéos urbains auxquels s’adonnent les personnages.

La tradition se mêle à l’hyper-contemporanéité, le blasphème à la spiritualité. Deepti Kapoor parle beaucoup de la place de la femme dans la société indienne dans ses interviews. On ressent véritablement cette oppression dans ce roman, où le regard de l’homme sur le corps féminin se veut rarement bienveillant, toujours concupiscent. L’héroïne découvrira son corps et ses merveilles en même temps qu’elle rejette avec dégoût ce que les hommes pensent d’elle, de la manière dont toute la société tente de réifier son être : chose publique, mariage forcé, élimination des enfants filles dans les campagnes… Dans un pays où la femme disparaît réellement, comment celle-ci peut devenir sujet de sa propre vie ?! Tel est le sujet traité avec subtilité par Deepti Kapoor.

Bien sûr, cette passion se terminera tragiquement. Bien sûr, celle-ci était très (trop ?) destructrice. Mais la vie de cette femme se verra transformée à jamais. En bien, comme en mal, mais en touchant les portes de la liberté.

Sélectionné pour le Prix Médicis 2015, ce premier roman sensuel et charnel, froid et presque clinique, brûle pourtant comme cette ville dantesque décrite sans concession par l’auteur. Une oeuvre à suivre !

 

Un mauvais garçon (A bad character)

Deepti Kapoor

2015 pour la traduction française, 2014 pour la version originale

Editions du Seuil

 

« Life fast, die young, bad girls do it well », la chanteuse d’origine Sri-lankaise M.I.A ne pouvait pas mieux le chanter:

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