Paddy’s Lamentation

Me revoici pour une chronique littéraire, plus ou moins d’actualité ! Et oui, le livre dont je vais parler n’est pas une nouveauté, mais l’auteur sera présent à Grenoble au Printemps du Livre, en cette fin de semaine !

J’aurai pu écrire cette chronique pour la Saint Patrick, mais on est loin d’une histoire festive dans le livre que je voulais vous présenter aujourd’hui. Je fais d’ailleurs un petit coucou à ma collègue de formation Marie-Claire, la grande spécialiste de la littérature irlandaise !

Un ciel rouge, le matin, est le premier roman de l’irlandais Paul Lynch, journaliste de son état. Et cette lecture fut une vraie claque.

Années 1830. Coll Coyle, notre héros, métayer, va se retrouver expulsé de sa ferme avec sa famille par son cruel landlord, sans raison. Landlord dont il va être le meurtrier, par accident. Et c’est alors que se met en place une véritable chasse à l’homme dont Coyle va être le gibier.

Je pensais m’éloigner un peu des terres américaines cette fois-ci, et en fait…non ! Cette traque va nous mener de la lande irlandaise aux ports, de la mer à la côte américaine, pour se finir dans l’ouest sur les colossaux chantiers des chemins de fer. L’Irlande a une histoire particulière avec les Etats-Unis, ayant vu plus de 2 millions de ses ressortissants partir pour le « Nouveau Monde », suite à l’épisode catastrophique de An Gorta Mór (la Grande Famine). Ici l’intrigue se situe avant les années 1850, donc avant ce grand exil, mais préfigure l’arrivée des européens et asiatiques sur les grands chantiers américains du rail, où beaucoup périront, dans un quasi esclavage.

Au final, nous n’apprenons pas grand chose du personnage principal, si ce n’est par les intermèdes très courts pendant lesquels son épouse s’exprime. Mais on devine un être torturé malgré sa recherche du calme, un homme mélancolique, pas plus sage ni plus téméraire qu’un autre, mais qui n’a pas d’autre choix que de fuir, encore et encore, pour échapper à la mort, mais aussi inconsciemment à la condition de sa famille, lui qui a été témoin de la fin de son père, tué à la tâche, et de la servitude, refusant une dernière fois de servir ce propriétaire injuste et tyrannique.

Ce qui frappe encore dans ce roman, c’est qu’il fait la part belle aux éléments. C’est un roman de feu, de terre, d’air et d’eau. On sent la tourbe, les cendres, l’iode, la pluie. On frissonne quand Coyle est trempé et tombe malade, on a envie de plonger les mains dans la terre grasse d’Irlande, on veut se poster sur le pont du bateau pour capter les embruns salés, pour enfin se tenir au coin d’un feu et sentir le bois se consumer.

C’est un monde d’hommes violent et sans merci dans lequel Paul Lynch nous invite à entrer. Un monde dans lequel le faible n’a pas sa place, mais où le fort succombe quand même. Les paysages deviennent des tableaux, grâce à la force lyrique de l’écriture. Terrible, tragique, cette course poursuite ne laisse pas indemne.

 

Comme je le disais précédemment, je vous invite vivement à assister à la rencontre Variations irlandaises le dimanche 3 avril à Grenoble. En tous cas, moi j’y serai !

 

Un ciel rouge, le matin

Paul Lynch

2014

Albin Michel

 

Pour accompagner cette lecture, ce très beau et très triste air traditionnel irlandais, interprété par Sinead O’Connor, sur la diaspora irlandaise :

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