La dernière frontière

Hello hello ! Avant de vous parler d’un de mes derniers coups de coeur, petit retour sur mon dimanche 3 avril, pendant lequel j’ai pu me rendre bien accompagnée à 2 rencontres organisées dans le cadre du Printemps du Livre de Grenoble. Nous avions d’abord choisi la conférence « Féminin, une révolution sans fin », qui se penchait sur la question féministe. Grosse déception : pas de ligne directrice pour le débat, beaucoup trop d’intervenants et moins d’1h30, donc une rencontre qui part dans tous les sens. De plus, une des auteurs présentes, Camille Froidevaux-Metterie, n’aura de cesse de gentiment taper sur le féminisme intersectionnel (courant dont je fais partie, qui prône un féminisme ouvert sur la question du racisme, de l’homophobie, de la transphobie, de la lutte des classes, etc pour imbriquer les différentes causes dans un même combat afin de mieux déconstruire les schémas de pensées discriminatoires) qui soi-disant ferait du mal à la cause féministe, tout en déblatérant des injonctions de toutes sortes (le voile c’est mal, dire qu’on est féministe mais poser nue c’est mal => islamophobie et slut-shaming bonjour !), dans un discours où la binarité des genres est de mise (femme/homme et au milieu et au-delà, le néant). Un bien bel exemple de ce qu’est le féminisme hétérocentré, bourgeois et blanc ! 😥

Heureusement, la rencontre « Variations irlandaises » fut un véritable délice (oui oui !) ! L’échange entre Robert McLiam Wilson et Paul Lynch fut truculent et généreux. Nous avons bien ri, dans une ambiance à mille lieux de l’univers de l’auteur de Un ciel rouge, le matin, dont je vous ai parlé dans mon précédent article ! J’ai pu échanger quelques mots avec Paul Lynch juste après, et c’est une personne adorable et très drôle ! Merci à ces auteurs pour leur patience et leur passion ! J’ai vraiment hâte d’être à l’année prochaine pour découvrir le programme, tellement riche et diversifié.

 

Mais il est temps d’en revenir à nos moutons ! J’ai récemment eu entre les mains un très beau premier roman, d’une auteur française un peu atypique, Catherine Poulain. Elle a sorti récemment Le grand marin, que l’on sent fortement influencé par sa propre expérience. Après avoir voyagé aux quatre coins du monde, et exercé des métiers difficiles dans des milieux ultra masculins (conserverie en Islande, bar à Hong-Kong, pêche en Alaska), Catherine Poulain s’occupe aujourd’hui d’un troupeau de brebis dans le sud de la France. Cette vie multiple, on la devine derrière le personnage de Lili, ce petit bout de femme, qui débarque à Kodiak (Alaska) pour la pêche au flétan, rêvant d’aller toujours plus au nord et de rejoindre Point Barrow.

Petit à petit, elle trouve sa place dans ce monde d’hommes abîmés, où tous fuient la réalité, dans une véritable course en avant. Un grand poète français disait « C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme » (référence de haute qualité). Catherine Poulain rend palpable ce désir presque charnel de se retrouver sur le Pacifique Nord, de prendre le large. On vit avec l’équipage pendant les sorties en mer, on vit le choc des embruns et des vagues, on ressent dans nos os la douleur et l’humidité, le sang des poissons, la laitance… La nature y est sublime, c’est-à-dire grande, sans bornes, terrifiante. Car c’est un véritable roman physique et sauvage, qui malmène ces anti-héros. La rudesse de cette vie et sa dangerosité n’effraient pas cette femme et ces hommes, qui peu à peu s’enfoncent dans un rapport malsain à cette aventure, repoussant leurs limites jusqu’à l’irréparable, en véritables trompe-la-mort.

La dernière partie du livre illustre bien cette « toxicomanie » du danger qui se met en place. L’alcool et la drogue sont omniprésents, et illustrés par cette formidable expression : « repeindre la ville en rouge ». L’amour qui va lier Lili et son « grand marin » sera presque aussi mortifère que cette recherche de l’extrême.

C’est une expérience de lecture très pure qui nous est proposée avec ce roman (ou plutôt récit), mais également très amère, et violente. On ne ressort pas tout à fait indemne d’un livre comme celui-ci selon moi. J’ai eu du mal à me plonger dans un autre ouvrage après l’avoir fini ! Une très belle découverte !

 

Le grand marin

Catherine Poulain

2016

Editions de l’Olivier

 

Et pendant ma lecture, je n’ai pas pu me passer de ce morceau des Levellers !

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