La fin des hommes

Hello hello ! Oh mais que vois-je ?! Une revenante ! Je vous l’avais promis cet article, alors le voilà ! Cela faisait plusieurs semaines que je voulais m’y mettre mais le temps et l’envie ne concordaient pas. Et il fallait que je trouve un moment au calme pour écrire sur le livre que je veux vous présenter, car il est très important pour moi. C’est mon gros coup de coeur de la rentrée littéraire de l’automne 2016, le vrai, celui qui me marquera pour plusieurs années, si ce n’est la vie (oui oui !). Et donc voici ma chronique de Laëtitia, d’Ivan Jablonka.

Vous en avez sûrement entendu parler, puisque le livre a gagné le prix Médicis 2016, et l’avait amplement mérité. Vous en avez aussi sûrement entendu parler puisque l’auteur a puisé la matière de son oeuvre dans l’actualité récente.

 

En janvier 2011, la jeune Laëtitia Perrais disparaît. On découvre assez rapidement qu’elle a été assassinée par un homme rencontré quelques heures auparavant, son corps éparpillé dans les étangs de Loire-Atlantique. Sa courte vie, Laëtitia l’a passée dans la peur, et plus précisément la peur des hommes. Un père violent qui agressera sexuellement sa mère, le ballottage entre les familles d’accueil puis l’ancrage chez les Patron, les nouveaux abus du père adoptif, figure à double face, protectrice et dévastatrice à la fois, et puis Tony Meilhon, marginal qui le dernier essaiera de mettre à terre cette jeune femme qui avait décidé de tenir tête à cette violence. Mais sa vie, c’était aussi la lumière, celle qu’on entrevoit à la fin de l’enfer, celle d’un amour fort avec sa sœur jumelle, Jessica, celle de l’insouciance qu’on goûte enfin avec son petit ami et les copains, celle de l’émancipation par le travail, alors que le déterminisme social semble avoir tracé son destin. Ivan Jablonka, historien, a voulu rendre un visage, une identité, à celle qui n’était plus qu’une victime, une triste héroïne de faits divers, un énième chiffre dans les pourcentages de la violence envers les femmes. Prolongeant son travail sur la mémoire (Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus) et de l’enfance abandonnée (assistance publique, déplacement des enfants réunionnais), il aborde, sans sensiblerie, avec pudeur, cette affaire qui dévoile un aspect noir de notre société : la haine des femmes, qui mène au féminicide (non reconnu en France).

Le titre de mon article n’est pas anecdotique d’ailleurs. D’habitude, je m’inspire de la musique que j’écoute, d’autres références littéraires voire cinématographiques. Mais là, j’ai décidé de choisir le sous-titre de ce livre atypique, ni roman, ni essai, mais véritablement oeuvre littéraire. La fin des hommes, c’est ce qu’annonce ce livre, c’est ce modèle de pensée de la société qui a toujours cours et qui pourtant tend (heureusement) à disparaître, mais qui est encore trop violemment ancré dans certaines mentalités. Ce que dévoile Laëtitia, c’est tout un système de domination, la volonté de casser la femme afin qu’elle reste à sa place, afin de nourrir une certaine idée de la virilité, violente et destructrice. Mais dans un dernier élan, l’héroïne de cette tragédie dit non, refuse cette haine, cet asservissement. Elle parle pour nous tous, femme, homme, et garde la tête haute dans l’adversité.

On pourrait parler aussi de la mise en lumière du travail formidable opéré par les forces de l’ordre, par la justice, par les services sociaux. On pourrait parler de la critique de la récupération politique qui a été faite de la disparition de Laëtitia. On pourrait parler de cette jeunesse périurbaine, l’invisible, celle des petites banlieues, qui se débat avec un quotidien morne et les aspirations de n’importe quel adolescent. Autant de sujets que l’on retrouve dans ce formidable texte, bouleversant.

Dans une semaine, cela fera exactement 6 ans que la vie de Laëtitia lui a été volée. Il ne faut pas oublier.

 

Parce que comme beaucoup de jeunes femmes de 20 ans, Laëtitia aimait Rihanna, et parce que quand j’entends cette chanson de Bowie, je pense à elle :

 

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